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24 avril, 2008

Inde : aperçu du vignoble et du secteur viticole

Classé dans : Fusions-Acquisitions — lullyconseil @ 22:40

Encore balbutiante, l’industrie viticole indienne évolue dans un contexte très singulier au niveau mondial : une consommation qui explose sur un marché protégé de la concurrence internationale par des taxes d’importation exorbitantes et des caves qui achètent à prix d’or une production de raisins encore très insuffisante pour couvrir les besoins du marché. Une exception indienne à faire pâlir d’envie les viticulteurs français, tout comme leurs confrères européens ou du Nouveau Monde. Laurent Mayoux, inspecteur de la délégation régionale de Viniflhor en Languedoc-Roussillon revient d’un périple d’une semaine dans le vignoble indien dans le cadre d’un accord de coopération bi-latéral entre l’Inde et la France. Il dresse un panorama surprenant de cet eldorardo viticole où la production de raisin de cuve relève du jackpot.

Des raisins à 0,6 € le kg, des vins à 200 €/hl

L’Inde a fait ses débuts en tant producteur de vin il y a à peine 20 ans. En 1982, Château Indage fut la première cave à s’installer avec pour ambition de faire du vin dans cette contrée où jusqu’alors le vignoble n’était destiné qu’à la production de raisin de table. Les premières vignes de raisins de cuve ont été plantées dans l’état du Maharashtra qui concentre aujourd’hui 80% du vignoble indien. Ce n’est qu’à la fin des années 90-début 2000, à la lumière des premiers résultats du pionnier Indage et d’un contexte politique-économqiue devenu porteur que s’est réellement développé l’industrie viticole indienne, qui compte aujourd’hui une cinquantaine d’entreprises de vinification produisant environ 100 000 hl par an. Le vignoble qui s’étend chaque année d’environ 800 ha compte aujourd’hui quelque 3000 ha. Mais ce qui aujourd’hui attise les convoitises, c’est la formidable explosion de consommation conjuguée à l’expansion économique galopante du pays. Très difficiles à chiffrer, les ventes de vins sur le marché indien progresseraient de 30 à 60 % par an selon les sources. Et dans un pays comptant 1,2 milliard d’habitants (dont 300 millions à haut pouvoir d’achat), ce taux de croissance a de quoi faire rêver. A tel point que deux majors de l’industrie des vins et spiritueux sont récemment entrés en jeu : le Français Pernod-Ricard à travers sa filiale Seagram a construit une cave de vinification à Nashik et lancé et une gamme de vins indiens sous la marque Nine Hills. Il a été suivi de peu par le groupe UB, numéro un indien des bières et spiritueux qui ne fait aucun secret de ses intentions de développement dans l’industrie viticole. L’arrivée de ses deux géants, qui ne possèdent pas de vigne, va assurément accroître la tension qui existe déjà sur le marché des raisins. Heureux producteurs indiens dont on s’arrache la production à prix d’or. Le prix du raisin s’établit entre 0,5 et 0,7 € du kilo et peut aller jusqu’à 0,8 € pour les cépages les plus demandés comme le Chardonnay. Le cours du vin de cépage de bonne qualité s’établit, lui, aux alentours de 200 € l’hl. Des prix mirobolants par rapport au niveau de vie indien : le salaire de la majorité des autochtones ne dépasse pas 2 € par jour.

Un vignoble lourdement handicapé

Malgré ces prix faramineux, le vignoble ne progresse qu’à pas comptés du fait de la disponibilité limitée en plants de vigne. De plus la viticulture locale doit faire face à des handicaps non négligeables, freinés par de multiples handicaps. L’accès à la terre est en effet limité aux seuls agriculteurs indiens. Les investissements fonciers extérieurs à l’agriculture ne sont pas autorisés. La concurrence est grande entre la vigne et les autres cultures, le foncier étant également très convoité pour le développement économique et urbain. Le prix des terres est donc très élevé atteignant 25 000 € l’ha et le coût de plantation avoisine les 10 000 € l’ha.. L’essentiel du vignoble appartient à des petits producteurs qui exploitent des surfaces de 1 à 10 ha. Ils font largement appel au crédit pour développer de nouveaux vignobles. Autre handicap : le climat tropical qui complique la culture de la vigne. L’année se décompose en deux saisons : la mousson, caractérisée par de très fortes humidités, dure de juillet à octobre avec une pression parasitaire énorme, qui nécessite d’importants traitements phytosanitaires. Le cycle de production démarre en octobre au début de la saison sèche (6 à 7 mois), sans qu’il y ait de période de froid hivernal. Les insectes ravageurs sont donc nombreux et virulents avec notamment de très fortes attaques de cochenilles qui prolifèrent quand il fait chaud et sec. L’irrigation est obligatoire pour s’assurer d’une production, le goutte-à-goutte étant largement répandu. Enfin les conditions climatiques imposent deux tailles par an : une en octobre à la fin de la saison humide, une seconde taille très courte est réalisée juste après les vendanges en avril. Les coûts de production sont donc particulièrement élevés d’autant que les plants, le matériel de culture comme de cave et les produits phytosanitaires et œnologiques sont importés pour la plupart, avec des taxes d’importations de 30% par rapport aux prix pratiqués en France. Heureusement protégés par de très lourdes taxes d’importation, les vins indiens auraient bien du mal à être compétitifs sur le marché mondial.

Mais cette situation peut encore évoluer avec le développement de fournisseurs locaux. Pour les plants de vigne par exemple, la France est le premier fournisseur, mais un partenariat s’est noué dernièrement entre un pépiniériste français et un opérateur indien du vin, donnant naissance à une production locale de plants à moindre coût. D’autres projets sont en gestation et devraient concourir à l’émergence d’une vraie filière de pépinière viticole. Ces projets font appel de façon majoritaire au matériel végétal français, reconnu pour ses qualités et l’Entav a été sollicité pour le matériel source. Les premières plantations ont été réalisées avec les cépages français les plus diffusés mondialement : Sauvignon, Chardonnay et Chenin en blanc, Zinfandel, Cabernet-Sauvignon, Merlot et Syrah en rouge. L’expérience montre que tous n’ont pas connu le même succès : si le Chenin, la Syrah et le Cabernet-Sauvignon se sont très bien adaptés donnant des vins de bonne qualité, le Merlot et le Chardonnay sont des échecs avec des rendements de quelques hl/ha. L’accord bi-latéral conclu entre la France et l’Inde porte d’ailleurs sur un programme d’expérimentation de nouveau matériel végétal (porte-greffe, clones, cépages) pour trouver le matériel le mieux adapté aux conditions climatiques et aux exigences du marché qui réclame des vins aromatiques et épicés. « En introduisant notre savoir-faire en Inde, nous étendons l’influence française dans un pays qui découvre le vin. Si ce n’est pas la France qui joue ce rôle, ce sera un de nos concurrents et les Indiens découvriront le vin à travers la culture australienne, californienne ou sud-africaine », argumente Laurent Mayoux.

La France bien représentée dans le cortège de consultants internationaux

Nouveau pays viticole, l’Inde n’a pas encore acquis les compétences techniques pour gérer seule le développement de son industrie viticole. Un Institut National de Recherche sur la Vigne et le Vin a bien vu le jour à Pune pour approfondir les différents aspects de la viticulture indienne et ses experts prodiguent largement leurs conseils dans les vignobles locaux. Pour la partie oenologique, les caves s’entourent des conseils d’un cortège de consultants internationaux. Des œnologues français, parmi lesquels l’incontournable Michel Rolland, mais également italiens -avec le non moins célèbre Riccardo Cotarella – australiens, sud-africains sont présents dans les caves indiennes, imprimant les vins de leur style et de leur origine. La présence française est également bien affirmée parmi les fournisseurs de produits œnologiques avec Laffort et Lallemand et les tonneliers alors que le matériel de caves est majoritairement italien.

Reste une inconnue de taille quant à l’avenir de cette viticulture indienne : jusqu’à quand l’Inde réussira-t-elle à protéger son marché intérieur des vins d’importations transgressant allègrement les règles de l’OMC. L’Europe et les Etats-Unis sont d’ores et déjà montés au créneau. L’Eldorado indien n’est pas sans nuage.

source : vitisphere.com

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